
C’est ici la pomme du jardin des Hespérides, symbole d’im- mortalité, qui est évoquée, mais aussi la pomme, fruit de l’autre monde chez les Celtes.
À la fin de l’année 2008, l’artiste française Sophie Zénon commence un essai vi- suel et performatif sur notre rapport au corps mort, intitulé « In Case We Die ». À Palerme, les quelques 8000 défunts préservés qui peuplent les catacombes des Capucins en constituent le premier volet. Avec l’énergie de son propre corps en mouvement, faisant du « vif avec du mort », elle réalise de saisissants portraits mouvants, témoignant tant de l’attention que les proches portent à leurs défunts que de sa volonté d’éprouver sa propre émotion face à la perte et la disparition.
Artiste photographe, Sophie Zénon articule son œuvre autour de thèmes récurrents – tem- poralité, présence dans l’absence, fragilité de nos existences humaines et non humaines, mais aussi ressorts de mémoire, exil, sentiment d’appartenance et d’identité – évoqués au travers de la relation du corps au paysage et aux éléments. Elle travaille par cycles successifs, composés chacun de plusieurs volets (Asies, In Case We Die, Arborescences, Rémanences). Des plaines de Mongolie aux paysages meurtris de l’Est de la France, des rizières du piémont italien de ses ancêtres aux momies de Palerme, elle crée des ponts entre histoire intime et patrimoniale, où «le présent est un réceptacle de temps et d’his- toires accumulées (…) qu’elle cristallise par la trace, la métaphore et le merveilleux, en leur donnant une forme à chaque fois renouvelée» (*).