
Dans les contes, une pomme peut être empoisonnée par quelqu’un d’hostile : Blanche-Neige trop crédule et imprudente en subit les conséquences tandis que le baiser du prince endor- mi soulève la question du consentement.
Notre époque est celle de la maladresse : gestes en porte-à-faux, pensées incomplètes, désirs obsolètes. La modernité ne doit donc pas seulement être pensée, mais rejouée, pratiquée, comme une rééducation du regard et du mouvement. La Blanche-Neige de Catherine Baÿ est un work in progress vivant, instable, fait d’apparitions successives dans des lieux et des dates précis, en chair et en os ou en vidéo. Elle n’est pas l’héroïne d’une série, mais une présence fuyante, presque spectrale, dont les passages se racontent comme une rumeur. Elle semble à moitié fictive, à moitié réelle. Ce n’est pas un person- nage, mais une image. Les comédiennes ne jouent pas un rôle : elles revêtent une figure sans psychologie. Issue du conte oral, fixée par les Grimm puis absorbée par l’industrie Disney, elle change à chaque reprise de mode de présence, de diffusion et de sens.
La valse est une installation vidéo qui s’inspire des chamboule-tout présents dans les fêtes foraines. Ici ce ne sont pas les représentations de nos hommes politiques que l’on dégomme à coup de pomme pourrie mais Blanche-Neige qui devient notre cible.
Toujours la même, jamais pareille, Blanche-Neige représente l’assaut des systèmes de surveillance de masse sur notre singularité. Le moulage de son costume représente les efforts de nos gouvernements de standardiser nos comportements mais son visage dé- fie ces efforts. En effet, son individualité irréductible nous rappelle que la surveillance de masse, supposément mise en place pour nous protéger, cherche en réalité à nous faire obéir à des normes de comportement imposées.
Catherine Baÿ est une artiste plasticienne, chorégraphe et metteuse en scène française, dont le travail se situe à la croisée de la performance, de l’installation et de l’intervention in situ. Depuis le début des années 2000, elle a construit un corpus majeur autour de la figure de Blanche-Neige, devenue un motif récurrent dans ses performances. Son travail a été présenté dans de nombreux contextes internationaux (Paris, New York, Tokyo, Moscou), ainsi que dans des institutions majeures de l’art contemporain, notamment au Centre Pompidou.